De la sidération à l’action : créer un groupe d’engagement

éditée : 14 septembre 2026. Vous pouvez télécharger la version imprimable en A5 RV en cliquant ici.

C’est quoi un groupe d’engagement ?

Un groupe d’engagement désigne un petit groupe de personnes (2 à 8 personnes) qui s’entraident pour sortir de la sidération (face au ravage écologique et social et face à la montée du fascisme), aller vers l’action, et entretenir son engagement sur la durée. Un groupe d’engagement se constitue entre personnes qui se connaissent, se font confiance, peuvent se voir facilement, et partagent la même indignation face à l’état du monde, la même envie de le changer. Les membres d’un groupe d’engagement peuvent avoir des désaccords sur la manière de s’engager, s’engager dans des organisations différentes, avoir des niveaux d’engagement différents. L’important est que chaque membre réussisse à la fin à s’engager dans un espace d’organisation collectif qui lui corresponde. Ses membres peuvent se réunir très régulièrement, ou de façon plus espacée en fonction des besoins.

Le plus important est que vous ayez envie de vous retrouver. Les temps de votre groupe d’engagement ne sont pas des réunions de travail. Ce sont des moments de vie, des moments pour que nos vies soient plus belles. Alors faisons preuve de créativité pour rendre ces moments agréables !$

Pourquoi créer un groupe d’engagement ?

Passer directement de la sidération, de l’isolement et de l’impuissance à un engagement durable est difficile, voire voué à l’échec. Un groupe d’engagement permet d’y aller par étape, de partager des informations, des trouvailles d’organisations inspirantes, de s’accompagner à des événements publics, de rencontrer des gens à plusieurs, de garder la motivation, de partager ses besoins et ses craintes à des personnes de confiance.

Si vous êtes déjà engagé-e dans un espace d’organisation collective, participer à un groupe d’engagement permet de partager votre expérience. C’est aussi pour vous l’occasion de prendre du recul sur votre engagement, d’en questionner le sens, les limites, et peut-être de le renouveler !

Comment créer son groupe d’engagement ?

Vous n’êtes pas seul-e. Nous sommes des milliards à vouloir arrêter le ravage écologique et social et la montée du fascisme. Parlez de vos peurs sur l’état du monde à vos proches, ami-es, famille, collègue, voisins, ou toute personne en qui vous avez confiance. Voyez comment iels réagissent. S’iels les partagent, proposez leur d’en discuter autour d’un café, d’une promenade. C’est l’occasion d’utiliser l’outil d’aide à la conversation (voir plus bas). Si le courant passe, proposez leur de créer un groupe d’engagement. Partagez leur ce petit guide.

Voici une proposition de déroulé d’un premier temps :

  • Faites connaissance sur vos situations. Où en êtes vous, chacun-e ? Bloqué-e dans la sidération ? Vous connaissez plein d’orga, mais ne savez pas où aller ? Vous êtes déjà très engagé ?
  • Posez les objectifs de chacun : sortir de la sidération ? Mieux vous informer ? Vous engager de manière durable quelque part ? Remettre en question vos engagements en cours ?
  • Donnez vous un cadre pour avancer : combien de temps voulez vous que votre groupe dure ? à quelle fréquence voulez vous vous voir ? Souhaitez vous échanger à distance ? Est ce que votre groupe est confidentiel ? Quelle est la prochaine étape ?

Une fois le groupe créé, appuyez vous sur les questions de la partie “Check-list de l’engagement” (voir plus bas) pour avancer. Attention aux informations que vous échangez et stockez à distance. Les grandes multinationales de la tech sont nos adversaires. Utilisez des logiciels libres et éthiques (Framasoft est notre allié), et évitez au maximum le numérique. Ou pourquoi pas un joli cahier ?

L’outil de base : les conversations en tête à tête

Des conversations à deux on en a régulièrement, mais des conversations de qualité pas forcément, et de celles qui tissent des liens et les cultivent pour peut-être agir ensemble encore moins souvent. Il ne s’agit pas ici de recruter qui que ce soit, mais de se rencontrer autour d’un sujet : « la sidération face à la situation climatique et sociale, et comment essayer d’en sortir ».
Alors pour vous y aider, voici une petite trame de questions à traverser, composée à partir de pratiques de conversations de différentes cultures d’organisations collectives. À la fin, vous pourrez voir si vous partagez des valeurs profondes et si vous voulez vous revoir (pour créer un groupe d’engagement, par exemple). On vous la propose composée en 4 catégories de questions :

  • – La tête : Qu’est ce qui a façonné ma façon de penser sur ce sujet ? De vivre ? Quel est mon milieu d’origine, mon parcours de vie ?
  • – Le coeur : qu’est ce qui m’anime dans la vie ? me motive ? Me donne envie ? Me donne de l’énergie ?
  • – Les tripes : Qu’est ce qui me noue le ventre ? Qu’est ce qui me met en colère ? De quoi j’ai besoin pour me sentir en sécurité et fort·e ?
  • – Les mains : Qu’est ce que je fais aujourd’hui sur ce sujet ? qu’est ce que j’aime faire dans la vie ? Avec qui ?

Astuces : prenez soin de ce moment. donnez-vous un RDV avec un temps délimité (entre 20min et 1h max), ne vous forcez pas à répondre à toutes les questions mais essayez de traverser les 4 catégories, équilibrez les temps de parole à 50/50 (aidez vous d’un chrono si besoin), aidez-vous à naviguer d’une catégorie à l’autre avec des questions ouvertes (des « pourquoi ? », des « comment t’en est arrivée à cette idée ? », laissez vivre les silences, respectez ce que l’autre décide de vous partager ou non, faites preuve d’écoute et livrez-vous sincèrement.

Check-list de l’engagement ! questions pour avancer et tenir dans la durée

Bien s’informer

Pour s’engager de manière éclairée, il est indispensable d’être bien informé-e (voire formé-e) sur le ravage écologique et social et la montée du fascisme : ses causes, son fonctionnement, ses stratégies de diversion. Il est indispensable d’être informé-e sur les solutions, alternatives, résistances existantes. Attention à l’infobésité : c’est pour guider l’action que l’information est importante. Trop d’info ralentit l’action.

Questions à se poser ensemble pour bien choisir ses sources d’information :
-Quels médias traitent le ravage écologique et sociale en s’appuyant sur des scientifiques et des militant-e-s de terrains ?
-Quels médias sont dépendants de l’État, des grandes multinationales qui profitent du ravage, et veulent maintenir le statut quo ?
-Quels médias fournissent des analyses des causes profondes du ravage, et proposent des axes de solutions qui ne se limitent pas à traiter les conséquences, ou à faire du buzz ?

Questions à se poser pour ne pas se noyer dans l’information :
-De quelles informations aie-je besoin ? Telle ou telle information me permet-elle d’améliorer ma capacité d’action ?
–Combien de temps est ce que je veux consacrer à l’information ?

Nourrir l’imaginaire et l’inspiration

L’imaginaire, c’est la capacité à entrevoir un avenir désirable malgré le ravage en cours et la montée du fascisme. L’inspiration, c’est lorsque des gens, des expériences passées, nous montrent que le changement est possible, y compris dans les pires moments. Ensemble, ce sont deux antidotes puissants à l’impuissance, au désespoir. Surtout si vous arrivez à les lier à la colère, qui est une source puissante d’énergie. Échangez vous des références, encouragez vous à lire, regarder des films, écouter.

Questions à se poser pour trouver de l’inspiration :
-Quels films, romans, BD dessinent des mondes vivables et enviables ?
-Quel personnage historique, proche ou fictif m’inspirent en terme de parcours d’engagement ? Pourquoi ?
-Quelles expériences sociales, quelles cultures, sociétés qui ont existé dans le monde m’inspirent en terme de rapport au vivant et aux humains entre eux ?
-Quels projets politiques, propositions de réforme, de transformation sociales radicales me font rêver ? Qui les porte ? Comment ?
-Quelle place j’accorde à ces sources d’inspiration dans ma vie ?
-Quels humoristes, artistes, philosophes ou proches m’aident à transformer le désespoir et la peur en autre chose ?

Trouver son espace d’engagement politique

Il existe une infinité de formes d’espaces d’organisation collective, qui portent une infinité de sujets, luttes, alternatives :

  • Un mouvement de lutte contre l’accaparement des terres,
  • Une association de locataires pour la rénovation d’un immeuble,
  • Un parti politique,
  • Un collectif de quartier contre les violences policières,
  • Un réseau local d’alternatives écologiques et solidaires,
  • Un groupe de solidarité internationale contre l’impérialisme,
  • Une fédération d’organisation féministe,
  • Un syndicat dans votre entreprise,
  • Un collectif d’artistes amateurs qui souhaitent soutenir une cause,
  • Le dernier commerce de proximité d’un village,
  • Et bien d’autres choses.

Explorez ensemble ce qui existe, allez voir ce qu’iels font, rencontrez les (utilisez la conversation intentionnelle avec des membres de ces orga). Demandez vous quels espaces vous souhaitez et vous pouvez rejoindre.

Questions à se poser :

  • Comment suis-je le plus impacté par le ravage écologique et social, ou par le fascisme ? Qu’est ce qui impacte mes proches ? Est ce que j’ai un sujet qui me préoccupe particulièrement ?
  • Quels sont les espaces d’organisation collectifs qui existent déjà à côté de chez moi ? Que défendent-ils ? Est-ce qu’ils m’inspirent dans leurs objectifs, dans leurs moyens d’action ? Comment puis-je les rencontrer ?
  • Où est ce que je souhaite m’engager, et à quelle rythme ? à côté de chez moi, régulièrement ? Ou plus ponctuellement et potentiellement loin ? Est ce que je veux m’engager en ligne ou sur le terrain?
  • Quels sont les moyens d’intégrer un espace d’organisation donné ? Y a t-il un parcours d’intégration ? Faut-il adhérer ? Participer à une réunion d’accueil ? Quels sont les rôles nécessaires dans cet espace ?

Trouver son rôle

S’engager peut prendre une infinité de forme. Dans un même espace d’organisation, vous pouvez :

  • Organiser des événements, des rassemblements festifs ou militants,
  • Cuisiner pour une cantine, garder des enfants, construire/rénover un espace collectif,
  • Donner de l’argent régulièrement, participer à une cagnotte, ou organiser une levée de fonds,
  • Participer à une action directe, ou organiser le soutien juridique et moral d’activistes,
  • Contacter des médias, animer des réseaux sociaux, créer des affiches, des tracts…
  • Mettre à disposition du matériel, héberger des personnes en difficulté,
  • Raconter des histoires inspirantes, faire vibrer les cœurs,
  • Soigner les personnes, les réconforter, les accompagner dans les galères,
  • Et bien d’autres choses.

L’engagement, c’est aussi l’occasion de pouvoir enfin faire des choses que le capitalisme vous a toujours refusé de faire. Vous vouliez monter un food-truck ? Montez une cantine populaire (il existe plein de guides, cherchez les , lancez vous).

Questions à se poser pour trouver son rôle :

  • Qu’est ce que j’aime faire ? Qu’est ce que je sais faire ? Quelles compétences et ressources est ce que je peux mettre à contribution ?
  • Qu’est ce que j’aimerais faire ? Qu’est ce que j’aimerais apprendre à faire ? En quoi ai-je envie de m’engager à me former ?

Poser ses limites

Connaître ses limites et les faire connaitre est indispensable pour faire durer son engagement. Mais l’engagement implique également de devoir sortir de sa zone de confort, de prendre des risques, de faire des compromis, voir de se salir les mains. Le groupe d’engagement peut aider ses membres à faire respecter ses limites au sein de leurs espaces d’organisation respectifs, mais aussi à offrir des ressources pour permettre certains dépassements de ces limites, comme du soin, un espace de repos.

Questions à se poser :

  • Quels compromis suis-je prêt-e à assumer ? A quoi est ce que je ne veux absolument pas contribuer ?
  • Quelles sont mes limites physiques, psychologiques, mes handicaps, mes besoins pour tenir mon engagement dans la durée en temps normal ?
  • Quels risques physiques, juridiques, psychologiques suis-je prêt-e à prendre ?
  • Si mes limites doivent être franchies, combien de temps puis-je supporter leur franchissement, et de quoi aurais-je besoin pour m’en remettre ? Quelles limites ne doivent absolument jamais être franchies ?
  • Qu’est ce qui me permet de régénérer mes forces ? Où et auprès de qui puis-je trouver repos et soin ?

Sources et liens pour aller plus loin

  • Guide pratique pour passer de la sidération à l’action de Morgan Noam : linktr.ee/Morganoam
  • Guide pour créer un groupe affinitaire d’action, par Diffration : diffraction.zone
  • Résister, de Salomé Saqué, 2026, Edition Payot
  • L’excellente boite à outil lutteslocales.fr
  • Comment rester écolo sans finir dépressif, Laure Nouhala, 2021, Harpercollins
  • Le site internet et le livre Joyeux Bordel, Tactiques, principes et théories pour faire la révolution, 2015 et beautifultrouble.org/fr
  • Les brochure de l’Infokiosque, librement téléchargeables, sur de très nombreuses thématiques d’organisation collective : www.infokiosques.net/
  • Comment s’organiser, manuel pour l’action collective, de StarHawk, édition Cambourakis, 2012
  • Pour celles et ceux qui habitent en Dordogne ou alentours, vous pouvez voir les formations et ateliers de La Frontale, collectif d’éducation populaire : lafrontale.org

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